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ANNÉE – Nº 17714 – 1,20 EURO - FRANCE MÉTROPOLITAINE -- FONDATEUR : HUBERT BEUVE-MÉRY – DIRECTEUR : JEAN-MARIE COLOMBANI
MARDI 8 JANVIER 2002
Gégé, le trouilloteur des Lilas, trouillote du franc à tour de bras
PERFECTIONNISME ? Souci du détail ?
A l’agence Crédit lyonnais des Lilas (Seine-Saint-
Denis), en ce samedi 5 janvier, une affiche pla-
cée entre les deux guichets prie les clients venus
déposer leurs derniers francs de « mettre [leurs]
billets dans le même sens ». Nul excès de zèle,
pourtant, derrière cette curieuse injonction.
Sitôt récupérés, les billets connaissent un même
et cruel sort, le massacre à la trouilloteuse (dont
le nom savant est, une fois n’est pas coutume,
« perforatrice de billets »). Or, pour cette céré-
monie, rien n’est laissé au hasard : un décret du
gouvernement fixe même les quatre règles de la
perforation, depuis le détail des trous (un soleil
entier et deux demi-lunes de 8 millimètres de
diamètre) jusqu’à leur emplacement précis
(dans la « partie blanche » ou « zone de filigra-
ne », d’où la nécessité de placer les billets dans le
même sens). Une précaution nécessaire pour
rendre ces billets obsolètes tout en permettant à
la Banque de France de vérifier l’authenticité
des billets qui lui sont ainsi retournés.
Dans cette agence du Crédit lyonnais, située
à 50 mètres de la station de métro Mairie-des-
Lilas, c’est Gérard – ici, on l’appelle Gégé –, cin-
quante et un ans, qui coordonne la perforation
des billets. Le matin, le midi, le soir, lui et ses col-
lègues font, comme disait Gainsbourg, « des
trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous », pas-
sent leurs journées à mutiler les coupures de
Saint-Exupéry (50 F), Paul Cézanne (100 F), Gus-
tave Eiffel (200 F) et les époux Curie (500 F).
Seul Claude Debussy échappe à leur barbarie :
trop larges, les billets de 20 F n’entrent pas dans
la trouilloteuse.
Casquette sur la tête, un client, serveur dans
une brasserie de la gare de Lyon, vient déposer
une épaisse liasse de billets. Gérard les dispose
dans la compteuse puis, l’opération terminée,
se tourne vers une drôle de machine blanche ins-
tallée derrière lui. Par petites liasses de vingt, il
insère les billets dans la fente de l’engin, action-
nant à chaque fois le manche d’un coup sec. En
quelques minutes, les 8 500 F sont perforés sous
les yeux de leur ancien propriétaire. « C’est dur
de les voir partir comme ça. Il ne me reste plus
grand-chose », sourit le client, en regardant les
quelques billets (en euros) qu’il a retirés en
échange. « On a tellement l’habitude de manipu-
ler les billets que ça ne nous fait plus grand-chose,
commente le trouilloteur, sans émotion. C’est
un sentiment neutre, on n’a pas l’impression de
détruire quelque chose. Le trouillotage n’est qu’un
détail dans le large processus du passage à
l’euro. »
L’ostensible perforation ne doit rien au
hasard : le seul objectif de cette destruction est
de réduire les risques de braquage lors des
innombrables transports qui ramèneront les
vieux francs à la Banque de France jusqu’au
17 février, jour où le franc cessera officiellement
de circuler. Une campagne d’affichage est
même prévue sur le thème « Francs perforés,
billets annulés : sécurité renforcée », afin de dis-
suader les braqueurs potentiels et ignorants.
Une fois ramenés à la Banque de France,
200 milliards de francs en billets seront
incinérés en Auvergne ou broyés dans 211 suc-
cursales de la Banque.
José Barroso
Lire nos autres informations page 17
International................ 2
France............................ 6
Société............................. 8
Régions ......................... 10
Horizons ....................... 11
Carnet............................ 15
Abonnements .............. 15
Entreprises................... 16
Emploi ........................... 16
Communication........... 18
Tableau de bord .......... 19
Aujourd’hui .................. 22
Météorologie-Jeux...... 24
Culture .......................... 25
Guide culturel .............. 27
Radio-Télévision ......... 28
a
LES DÉTENTEURS de stock-
options ont subi plus forte-
ment que les actionnaires ordinai-
res la baisse de la Bourse. Selon
une enquête de Stock-options.fr,
publiée en exclusivité par Le Mon-
de, les plus-values potentielles des
portefeuilles de stock-options se
sont effondrées de 40 % en 2001.
Cette baisse doit être relativisée :
aucun des plans exerçables en
2002 n’est actuellement dans le
rouge. Ceux de TF1, Aventis ou
BNP Paribas recèlent même de
coquettes plus-values. Les autres
bénéficieront probablement d’un
rebond d’ici à leur échéance, et cer-
tainement d’un traitement fiscal
plutôt favorable grâce à la loi sur
les régulations économiques.
Lire page 16
ALGÉRIE
Kabylie :
l’armée accusée
Débat sur l’eau
à l’Assemblée
POINT DE VUE
Qui veut tuer
la chanson française ?
par Jean Ferrat
SALT LAKE CITY
JO d’hiver :
tout sécurité
O
UI ou non, le service
public a-t-il pour mis-
sion (entre autres) d’in-
former de la création
contemporaine en respectant la
diversité des genres, des styles, des
écoles ? On se pose beaucoup la
question, ces temps-ci, à propos du
cinéma. Eh bien, moi, je voudrais la
poser brutalement, la question, à
propos de la chanson française.
Après bien d’autres tentatives,
j’avais déjà essayé de la poser, en
février 2001, en écrivant à Michèle
Cotta, directrice générale de Fran-
ce 2. C’était au sujet d’Isabelle
Aubret et du véritable boycottage
(pour ne pas dire plus) dont elle
était victime sur cette antenne. Devi-
nez ce qui arriva. Rien. Je n’eus pas
même l’honneur d’une réponse.
Isabelle Aubret a dû commettre
de grands crimes : elle a eu aussi
un problème avec la radio France-
Inter.
Invitée à la même époque dans
l’émission de Stéphane Bern pour
présenter son nouveau disque et
parler de Bobino, elle voit sa parti-
cipation annulée. Sans raison. Sur
ordre de la direction. Ce n’est
qu’après mon intervention auprès
de la présidence de Radio-France
qu’elle est autorisée, sans la moin-
dre interview, à chanter une chan-
son dans ladite émission. Certes,
elle a été invitée en décem-
bre 2001 par Pascale Clark dans
« Tam-tam, etc. ». Mais l’émission
a lieu sans qu’une seule de ses
chansons soit diffusée.
Il faut que les présidents des
sociétés audiovisuelles sachent ; il
faut que le président du Conseil
supérieur de l’audiovisuel sache ; il
faut que la ministre de la culture,
Catherine Tasca, sache ; il faut,
enfin et surtout, que le public
sache avec quel mépris on peut
traiter, dans les médias publics,
une artiste respectable. Et elle
n’est pas la seule.
Ces responsables divers et
variés, je les interpelle.
Lire, page 14, la suite
et le point de vue d’Henri Weber
Jean Ferrat
est chanteur.
Italie :
la démission
qui isole
Silvio Berlusconi
du reste de l’Europe
LE MONDE publie dans sa ver-
sion intégrale la note de la Direc-
tion de la surveillance du territoire
(DST), datée du 19 janvier 2001, qui
est le point de départ de l’enquête
qui vise l’ancien préfet Jean-Char-
les Marchiani et le financier franco-
libanais Iskandar Safar sur fond de
libération, en 1988, des otages
du Liban. Deux personnes ont été
mises en examen dans cette affaire
– l’épouse de M. Marchiani et l’une
des collaboratrices de M. Pasqua –
qui a pris un tour politique, puisque
M. Pasqua était ministre de l’inté-
rieur au moment de la libération
des otages et M. Chirac premier
ministre. Charles Pasqua a mis en
cause un « cabinet noir » auteur
d’une « manipulation », dans l’en-
tourage de M. Jospin.
La note du contre-espionnage
décrit des transferts de fonds régu-
liers entre M. Safa et M. Marchiani,
via une banque suisse. Elle donne
de multiples détails sur les sommes
versées, les retraits en liquide, les
rendez-vous discrets dans un hôtel
parisien. Surtout, mais de façon éva-
sive, cette note évoque un lien avec
« une partie de la rançon débloquée
par l’Etat français » dont « une par-
tie » aurait été « conservée par les
négociateurs, en l’occurence
MM. Marchiani et Safa ».
M. Pasqua, l’Elysée et M. Machia-
ni, qui fut en effet négociateur dans
l’affaire des otages, nient qu’il y ait
eu rançon. Interrogé par Le Monde,
M. Marchiani reconnaît cependant
que son fils a bénéficié de quatre
chèques provenant d’un proche
d’Iskandar Safa.
Dans un entretien au Monde,
M. Safa, qui fait l’objet d’un man-
dat d’arrêt international, affirme :
« Il n’était pas nécessaire de verser
une rançon et cela n’a pas été fait. »
M. Safa, qui nous a précisé se trou-
ver à Beyrouth, ajoute qu’il se pré-
sentera à la justice française dès
qu’il aura terminé ses négociations
avec un pays du Golfe sur un con-
trat de construction navale.
Lire pages 6 et 7
PROCHE-ORIENT
Sharon,
l’éternel
En Israël, même ses ennemis disent
qu’il a changé. Ariel Sharon a l’inten-
tion de laisser, à la fin de son mandat,
une image de vainqueur aux seuls dont
l’opinion lui importe, « les juifs, pas les
goyim ». Pour l’heure, il saisit l’occa-
sion de l’interception d’une cargaison
d’armes pour discréditer un peu plus
M. Arafat.
nos informations p. 4,
notre enquête p. 11
et l’entretien p. 12
Stock-options
en chute libre
Le rapport final de la commission d’en-
quête algérienne sur le « printemps
noir » de Kabylie (photo, mai 2001) qui
a fait 82 morts et près de 2 000 bles-
sés, met en cause l’armée. L’auteur de
ce rapport commandé par le président
Bouteflika, le juriste Mohand Issad,
explique, dans un entretien au Monde,
pourquoi l’autorité militaire dispose de
pouvoirs trop importants. p. 5
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YVES COCHET
Affaire des otages : la note de la DST
b
« Le Monde » publie le texte transmis à la justice par le contre-espionnage sur la libération, en 1988,
des otages français au Liban
b
Il évoque une « rançon débloquée par l’Etat » et « en partie conservée
par les négociateurs », M. Marchiani, proche de M. Pasqua, et M. Safa
b
Ils s’expliquent et démentent
MENAHEM KAHANA/AFP
A un mois de l’ouverture des Jeux
olympiques d’hiver (du 8 au 24 février),
Salt Lake City, capitale des mormons,
paraît avoir oublié les affaires de corrup-
tion. Depuis le 11 septembre, ce sont
les questions de sécurité qui dominent.
Les autorités de l’Utah veulent faire
de la cité « l’endroit le plus sûr des
Etats-Unis ». p. 22
STEVE C. WILSON/AP
f www.lemonde.fr/israel-palestiniensf www.lemonde.fr/pasqua-affaires
f www.lemonde.fr/euro
UN PROJET de loi sur l’eau
devait être défendu, mardi 8 jan-
vier, à l’Assemblée nationale par
Yves Cochet, ministre de l’environ-
nement. Le texte vise à améliorer
la qualité de l’eau et crée une taxe
sur les excédents d’azote. Son
contenu a été édulcoré sous la
pression des industriels.
Lire page 8
3:HIKKLE=\UVWUZ:?k@b@k@i@a;
M 00147
- 108 -
1,20 E
LES INITIATIVES
LES MUTATIONS
LAURENT FABIUS demande
« une explication », Romano Prodi,
président de la Commission euro-
péenne, dit espérer « une continui-
té de la politique italienne ».La
démission, le 5 janvier, de Renato
Ruggiero, un europhile convaincu,
du poste de ministre italien des
affaires étrangères inquiète Bruxel-
les et les partenaires de l’Italie.
M. Ruggiero s’opposait depuis des
mois aux nombreux ministres
eurosceptiques ou antieuropéens
du cabinet Berlusconi. L’arrivée de
l’euro avait la semaine dernière pro-
voqué de nouvelles polémiques. Le
président du conseil italien a déjà
bloqué plusieurs décisions souhai-
tées par les Quinze, en matière de
coopération judiciaire et de défen-
se notamment. Dimanche, il a vou-
lu réaffirmer ses convictions « pro-
européennes ».
Lire page 2
et notre éditorial page 13
Afrique CFA 1000 F CFA, Algérie 35 DA, Allemagne 1,50 ¤,
Antilles-Guyane 1,50 ¤, Autriche 1,50 ¤, Belgique 1,20 ¤, Canada
2,50 $, Danemark 15 KRD, Espagne 1,50 ¤, Finlande 2,00 ¤,
Grande-Bretagne 1 £, Grèce 1,50 ¤, Irlande 1,50 ¤, Italie 1,50 ¤,
Luxembourg 1,20 ¤, Maroc 10 DH, Norvège 14 KRN, Pays-Bas
1,50 ¤, Portugal cont. 1,50 ¤, Réunion 1,50 ¤, Suède 16 KRS,
Suisse 2,40 FS, Tunisie 1,5 DT, USA (NY) 2 $, USA (others) 2,50 $.
Komentarze do niniejszej Instrukcji